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LE PISTOLET AUTOMATIQUE CALIBRE 45 MODÈLE 1911

 

UNE LÉGENDE AMÉRICAINE QUI FÊTE SES 120 ANS !

Comment ne pas avoir un faible pour ce brave vieux Colt 45 ? Il n’est peut-être pas vraiment beau, mais il a de l’allure, une certaine élégance rugueuse qui tient à la netteté et à l’équilibre remarquable de ses lignes. Concernant son esthétique, il n´a pas d’autre concurrent sérieux dans la mémoire collective que le Luger P. 08.

C´est un increvable compagnon, sûr, qui n’abandonne pas les amis dans les coups durs. Sa simplicité confine à la perfection. Chez lui, pas de ferraille estampée ou frittée. Rien que du bon acier usiné. Sa précision est des plus honorables. Sa prise en main et son tir sont confortables. Et son gros calibre, souvent décrié aujourd’hui, a l’avantage certain d’inspirer le respect. Enfin, il est si intimement lié à l’histoire de notre turbulent XXe siècle qu’il a sa place dans notre mémoire et dans nos musées.

PRÉSENT DANS TOUTES LES GUERRES

 Arrivé en France dans le paquetage des «Sammies » en 1917, il était en service dans l’armée française à la fin de la Première Guerre mondiale. Dans le Manuel de chef de section d’infanterie de janvier 1918 (Imprimerie nationale), on lit, page 133, que les officiers et adjudants, les sergents majors et tambours ainsi que les hommes de troupe montés sont normalement dotés du revolver Mie 1892, lequel «peut-être remplacé par le pistolet automatique Colt de 11 mm 25…». Passons sur la bizarrerie du calibre. Pourquoi ce 11,25 mm ? Chacun sait que 45/100 de pouce font 11,43 mm.

On trouvait encore exceptionnellement quelques Colt 45 dans l’armée française en 1940. Les parachutages destinés à la Résistance en dispensèrent peu. En revanche, les F.F.L. et la 1ère Armée en furent systématiquement dotées.

Les débarquements alliés de Normandie et de Provence, le déferlement des troupes américaines sur les routes de France, devaient s’accompagner d’un vaste troc qui ne portait pas seulement sur les cigarettes et l’essence. Combien de Colt 45 furent ainsi échangés contre quelques bouteilles de cognac ou de calva ? Il est impossible de le savoir, mais le nombre est sans doute important. Beaucoup de ces reliques des temps héroïques dorment aujourd’hui paisiblement dans l’hospitalité secrète de demeures honnêtes. D’autres, malheureusement, ont suivi les filières du milieu et alimentent régulièrement la chronique des faits divers.

Le Colt 45 reste présent dans l’armée française pendant les guerres d’Indochine et d’Algérie, soit en dotation réglementaire, notamment dans les unités parachutistes, soit comme arme personnelle d’officiers et de sous-officiers.

Le Colt 45 n’est donc pas pour les Français une arme exotique. Il est présent, en bien ou en mal, dans notre histoire récente.

colt 45 vue de 3/4

Erwan Bergot a raconté l’extraordinaire aventure d’Yves Prigent, ce parachutiste de la France Libre parachuté en Bretagne en juin 1944, capturé avec le maquis de Saint-Marcel, mitraillé à bout portant avec les autres prisonniers et miraculeusement sauvé par son Colt : « En un ultime réflexe, Prigent s’est jeté à terre avant que ne l’atteigne la rafale meurtrière. Puis, à la nuit, après avoir réussi à s’extraire de l’amas de cadavres sous lesquels, il était enfoui, il a jailli, au nez de la sentinelle ennemie. Il avait réussi à conserver son 45. Une balle a suffi. L’Allemand est tombé. Sans un cri. Ensuite, Prigent a foncé, au hasard, droit devant lui…». Il s’en tirera. Un sursis de dix ans. Yves Prigent tombera en effet à Dien Bien Phu, le 17 avril 1954.

GENÈSE

L’Amérique s’est intéressée tardivement aux pistolets automatiques. Alors que les inventeurs et fabricants européens se comptaient par dizaines au début du siècle, leurs homologues d’outre-Atlantique tenaient à l’aise sur les doigts d’une seule main.

A défaut du nombre, ils ont un géant de l’invention : John Moses Browning. Ce fils d’une lignée d’armuriers mormons, né en 1855, travaille tout d’abord pour la Cie Winchester, puis en 1890, il apporte à Richard W.H. Jarvis, président de la Cie Colt, les plans d’une mitrailleuse fonctionnant par emprunt des gaz. Un contrat est signé, des prototypes sont fabriqués, et la mitrailleuse est adoptée par l’U.S. Navy en 1895.

Cette même année, Browning dépose le brevet de son premier pistolet automatique, et réalise deux prototypes différents, qu’il présente simultanément en 1897 à la fabrique Nationale d’Armes de Guerre d’Herstal en Belgique, et à la Cie Colt. Le premier deviendra le Browning 1900 calibre 7,65 mm Browning (32 ACP). Le second sera le Colt Automatic cal. 38 Model 1900.

Ces deux premiers contrats vont décider du destin de John M. Browning. La F.N. obtient l’exclusivité de la fabrication de ses armes en Europe, mais elles porteront le nom de l’inventeur. De son côté, la Cie Colt emporte l’exclusivité de fabrication aux États-Unis, mais sans que le nom de Browning n’apparaisse sur ses armes. Ainsi, le public ignorera le plus souvent que les futurs pistolets Colt sont en fait des Browning.

Le (Browning) Colt 1900 fonctionne par court recul du canon, culasse verrouillée par deux biellettes situées à l’avant et à l’arrière du canon sous lequel est placé le ressort récupérateur. Le calibre 38 (9 mm) réglementaire dans l’U.S. Army depuis 1892, a naturellement été choisi pour tenter d’emporter un nouveau marché militaire.

Malheureusement, ce calibre choisi par l’U.S. Ordnance (service du Matériel) par souci de modernisme, suivant la nouvelle mode qui se développe en Europe, ne plait pas aux cavaliers qui sont les principaux utilisateurs d’armes de poing. Les nouveaux revolvers Colts New Navy et New Army à barillet tombant et extraction simultanée, fabriqués dans ce calibre, ne parviennent pas à détrôner le vieux Colt Peacemaker à simple action calibre 45. Certains officiers de Cavalerie continuent de le porter avec quelque provocation.

Le mécontentement de la Cavalerie contre le calibre 38 se trouve alimenté par la Campagne des Philippines qui commence en 1899. Les rapports, peut-être un peu forcés, s’entassent sur le bureau du directeur de l’Ordonnance et dénoncent l’inefficacité du calibre 38 pour stopper net un adversaire aussi fanatique que les guerriers Moros. On affirme que certains d’entre eux, percés de plusieurs balles de 38, ont continué à charger sans gêne apparente. Pour calmer la grogne des cavaliers, l’Ordonnance expédie précipitamment 15 000 vieux Colts S.A.A. calibre 45 aux régiments des Philippines.

En 1904, l’US Ordonnance effectue une série de tests avec divers calibres sur des cadavres d’animaux et sur des bœufs vivants. Ces expériences confirment la puissance d’arrêt supérieure des gros calibres. L’affaire est entendue pour longtemps. Le calibre réglementaire de la future arme de poing américaine sera le 45 (11,43mm).

SIX MILLE COUPS SANS INCIDENT

En revanche, l’U.S. Ordonnance est sensible aux avantages des nouveaux pistolets automatiques venus d’Europe pour un usage militaire. Leurs chargeurs amovibles les rendent plus rapides à recharger que les revolvers les plus modernes. La vitesse et la précision de leur tir sont supérieures.

L’Ordonnance organise donc en 1907 un concours auquel vont être soumis plusieurs pistolets de type militaire de l’époque, tous en calibre 45, un Luger en calibre 45, un Bergmann, un Knoble, et un White & Merriil, ainsi qu’un « revolver automatique», le Webley-Fosbery. Deux pistolets sont retenus, un Savage et un Colt 1905.

Un certain nombre de ces armes sont mises en service à titre d’essai dans la cavalerie qui les renvoie au bout de quelques mois, accompagnés de rapport venimeux et de pièces brisées. Les cavaliers demandent qu’on leur rende leurs revolvers. Pour les satisfaire, l’Ordonnance adopte en_ 1909, le Colt New Service en calibre 45 Colt, arme puissante, robuste et sûre.

Mais les officiers de l´ Ordonnance ne renoncent pas pour autant au pistolet. Ils vont procéder à de nouveaux essais avec la plupart des modèles de l’époque qu’ils font venir d’Europe. John M. Browning présente un nouveau prototype que fabrique naturellement la Cie Colt. La biellette frontale pour le verrouillage du canon est supprimée. La biellette arrière est renforcée. La carcasse et la platine sont améliorées. En novembre 1910, ce pistolet est opposé au Savage et au revolver New Service. Aux essais d’endurance, c’est ce dernier qui triomphe avec un seul incident de tir sur 6 000 coups tirés, tandis que le pistolet Colt enregistre 12 incidents et le Savage 43. La Cavalerie exulte, mais Browning se remet au travail.

 

Aux essais définitifs du 15 mars 1911, le nouveau pistolet Colt tire 6 000 coups sans aucun incident de tir. Ce terrible test d’endurance est effectué par séries de 100 coups avec refroidissement de cinq minutes entre chaque série et nettoyage tous les 1 000 coups. En face, le Savage enregistre encore 31 incidents et plusieurs de ses pièces ont sérieusement souffert, tandis que le Colt n’accuse que des traces d’usure mineures. Le rapport de la commission militaire d’essais conclut: «Des deux pistolets, le Colt est supérieur parce qu’il est plus sûr, plus résistant, plus facile à démonter quand une pièce cassée doit être changée, enfin, il est plus précis ».

Le 29 mars 1911, le War Department adopte officiellement ce pistolet sous l’appellation suivante : Automatic Pistol cal. 45 Model 1911. Le fabricant lui donnera d’autres noms : Colt Automatic Pistol Military Model 1911 cal. 45, ou encore Government Model. Le public, lui, dira simplement : Colt 45.

Dans le courant de l’été 1911, l’usine d’Hartford commence à fournir le marché privé tandis que les premiers modèles de l’Armée sont livrés en décembre. Lorsque les U.S.A. entrent en guerre en 1917, 55 553 pistolets ont été livrés à l’Armée contre 86 000 au marché civil. C’est dire l’importance de ce dernier ! Après un service satisfaisant durant la campagne du Mexique contre Pancho Villa et durant la première Guerre mondiale, plusieurs modifications mineures seront apportées en 1926, (au numéro 700 001 de la production militaire), notamment une modification de l’angle de prise en main de la poignée. Ce sera le Mode! 1911 A1 qui est toujours officiellement en service dans l’armée des États-Unis.

Le principe de fonctionnement du Colt 45 de John M. Browning a été universellement copié. On ne compte plus ses imitations, américaines ou étrangères : le Ballester-Molina en Argentine, les gros Star et Llama en Espagne, le Tokarev en Union soviétique, le Radom Vis 35 en Pologne, les P.A. 1935 et le MAC 50 en France, le SIG P. 210 en Suisse, le New Nambu au Japon, pour ne citer que les plus connus.

Ce principe est celui du court recul du canon permettant le déverrouillage après le départ du coup.

Les fabricants de pistolets automatiques ont tous eu à résoudre à l’origine le problème de l’hermétisme de la chambre lors de la mise à feu. Par définition, une arme automatique est munie d’une culasse mobile qui recule grâce à l’utilisation plus ou moins complexe de l’énergie du départ. Sur des pistolets de petit calibre à canon court (inférieur à 100 mm), la fermeture de la culasse est assurée par l’inertie de cette dernière et par la résistance du ressort récupérateur. Le projectile est sorti du canon avant le début du mouvement arrière de la culasse, donc pas de perte d’énergie au dépens de la balle et pas de projections vers l’arrière, dangereuses pour le tireur.

En revanche, avec des calibres supérieurs au 7,65 mm Browning et des canons dépassant 100 mm, l’expérience devait prouver que de tels inconvénients graves étaient assurés. Il fallait donc maintenir le verrouillage rigoureux de la culasse durant la fraction de seconde nécessaire à la sortie du projectile. Plusieurs procédés plus ou moins compliqués furent imaginés, dont le « genou » du Luger. Browning, avec le Colt 1911 fut le premier à concevoir et mettre au point un système tout à la fois efficace, simple et d’une grande sécurité d’emploi.

La partie supérieure du canon est munie de deux tenons qui se verrouillent dans des logements correspondants de la glissière, le canon étant maintenu en position haute par sa biellette, laquelle est alors verticale. Au départ du coup, la glissière (culasse) est verrouillée au canon. L’hermétisme de la chambre est sans défaut.

DEUX DÉFAUTS MAJEURS

Au départ du coup, tandis que la balle est chassée vers l’avant par l’explosion de la charge, l’ensemble canon-glissière est projeté en arrière et recule sur quelques millimètres. La biellette du canon tourne autour de son axe inférieur fixe et tire le canon vers le bas, le désolidarisant de la glissière. Entre temps, le projectile est sorti du canon. La glissière, n’étant plus verrouillée au canon, poursuit sa course vers l’arrière et comprime son ressort récupérateur. L’étui tiré est éjecté. Une nouvelle cartouche, poussée par la plaque élévatrice du chargeur se place en position d’introduction. La glissière abaisse le chien et l’arme sur la gâchette, tandis que le séparateur libère cette dernière de la pression de la détente.

En fin de mouvement arrière, la glissière est repoussée vers l’avant par le ressort récupérateur placé sous le canon. Une nouvelle cartouche est introduite dans la chambre. En fin de mouvement avant, la biellette du canon se redresse autour de son axe fixe, et le canon, poussé vers le haut, se verrouille sur la glissière. Un nouveau coup est prêt à partir.

L’action du séparateur évite, on l’a vu, que la gâchette ne libère aussitôt le chien, transformant le pistolet en mitrailleuse. Il faut donc relâcher la détente et la presser une nouvelle fois pour faire partir le coup.

Le mouvement arrière de la glissière est obligatoirement limité par la butée de la carcasse. C’est vers l’avant que la glissière sera démontée. Cette disposition constitue une sécurité par rapport aux pistolets dont la glissière ou la culasse se démonte par l’arrière (Luger par exemple) et qui sont soumis au risque éventuel d’une rupture projetant cette lourde pièce d’acier dans la figure du tireur. 

Une autre sécurité, mécanique celle-là, est constituée par une pièce articulée sur la carcasse, à l’arrière de la poignée, improprement appelée «pédale». Elle doit être pressée par la main pour mettre en contact le prolongement de la détente et la gâchette, et permettre la percussion.

En revanche, pas de sécurité de chargeur. Lorsque le chargeur est sorti de l’arme, il est possible de provoquer le départ du coup.

Outre les diverses sécurités qui, rappelons-le sont des dispositifs constitutionnels ou mécaniques, agissant hors de la volonté du tireur, il existe une sûreté, par définition volontaire. C’est une pièce pivotante à l’arrière et à gauche de la carcasse. En position haute (facile à manipuler avec le pouce, arme en main) si le chien est armé, elle le bloque dans cette position, interdisant le départ du coup. Elle interdit également le mouvement arrière de la glissière. Elle est également utilisée pour maintenir la glissière en position arrière sur un cran intermédiaire, pour le démontage de l’arme.

Évoquer cette sûreté, c’est parler du défaut majeur du Colt 1911 par rapport, non aux pistolets de son temps, mais à ceux d’aujourd’hui : sa platine à simple action. Le chien, sur une telle platine, ne peut être armé par l’action de la détente lorsqu’il est à l’abattu. Il doit donc, pour le premier coup, être armé manuellement. Pour les coups suivants, l’armement se fait automatiquement par le mouvement arrière de la glissière. Cela présente un inconvénient évident pour une utilisation rapide de combat. Soit l’arme est portée chargée, chien à l’abattu, ce qui ne va pas sans risque au moment où l’utilisateur, ayant introduit une cartouche dans la chambre doit ramener le chien en douceur sur le percuteur. Dans cette position, le percuteur qui agit par inertie est maintenu à l’écart de l’amorce de la cartouche par son ressort. La deuxième position est celle du chien armé, sûreté en position. Elle est encore plus dangereuse. C’est pourquoi les règlements militaires prévoient que l’arme doit être portée non chargée. En cas de besoin, il faut donc rapidement manipuler la glissière pour introduire une cartouche et armer le chien. Inutile d’insister sur les inconvénients de cette opération qui exige un peu de temps et les deux mains. Il faut un terrible entraînement pour approcher la rapidité d’un revolver à double action qui, lui, est toujours prêt à faire feu, tout en étant porté en sécurité.

Autre inconvénient du Colt 1911, son poids. Avec ses 1,100 kg, il dépasse allègrement tous ses rivaux. Mais c’est la rançon même de sa robustesse. On lui reproche aussi à juste titre la faible capacité de son chargeur : 7 cartouches. C’est peu en effet, comparé aux 14 ou 15 cartouches de la nouvelle génération de pistolets militaires, Browning G.P. 25, Smith & Wesson M. 59, Merkuria CZ 75, MAB P. 15, HK VP 70, Beretta M. 92, Glock 17 etc. Mais un pistolet n’est pas une mitrailleuse. Il est rare d’avoir à tirer un très grand nombre de coups consécutifs. Et dans ce cas, on dispose encore des deux chargeurs de rechange qui sont livrés avec celui du Colt.

Reste la question du gros calibre. Depuis plusieurs années, l’efficacité du 45 Auto est fortement contestée. Précisons : sa puissance d’arrêt, c’est-à-dire son aptitude à neutraliser un adversaire, à stopper son élan, même sans l’avoir tué.

Une série d’expériences uniques en leur genre par l’ampleur des moyens techniques et par la méthode utilisée, a été poursuivie en 1975 par le laboratoire de balistique de l’U.S. Army avec une équipe de médecins, pour le compte du ministère américain de la Justice. Ces expériences ont permis d’établir par une méthode statistique un indice de neutralisation de différents projectiles d’armes de poing. Le principe réside dans la mesure photographique de la cavité momentanée provoquée par le passage d’un projectile dans un bloc de gélatine d’une composition analogue à celle des tissus humains.

L’un des enseignements de ces travaux renversait quelque peu un postulat bien établi de la balistique classique. Les essais montraient en effet qu’il n’y avait pas de rapport directement proportionnel entre l’efficacité vulnérante d’un projectile et son énergie cinétique. Contrairement à l’opinion courante, un projectile doué de la plus forte énergie cinétique n’avait pas nécessairement la plus forte puissance d’arrêt (stopping power).

Pour ne prendre qu’un seul exemple, le plus fort indice de neutralisation fut obtenu par une balle «speer » cal. 357 Magnum demi-blindée à pointe creuse, dont l’énergie cinétique était de 64 kgm, avec un indice de 44,4. Loin derrière, venait une autre 357 Magnum «Western»  à tête ronde, avec une énergie cinétique supérieure : 75 kgm, mais un indice d’efficacité de seulement 21,1, soit moins qu’une balle de cal. 38 Spécial « Speer », dont l’énergie cinétique n’était que de 41 kgm, mais dont l’indice atteignait 22,5.

Quant au calibre 45 Auto, son meilleur projectile s’essoufflait à l’indice 21, loin derrière la meilleure 9 mm Parabellum avec l’indice 38. D’une façon générale, les expériences du laboratoire de balistique de l’U.S. Army tendaient à prouver que le facteur déterminant de l’efficacité vulnérante était la vitesse du projectile. Pour deux projectiles différents dotés d’une énergie cinétique semblable, le plus rapide et le plus léger avait des chances d’être le plus « stoppeur».

De là à condamner définitivement et sans appel le calibre 45, il n’y avait qu’un pas. L’OTAN l’a franchi en adoptant le 9 mm Parabellum comme calibre standard des armes de poing. Les Etats-Unis font, (pour combien de temps ?) bande à part pour des raisons évidentes d’économie. Le stock de pistolets Colt 1911 AI en bon état dans les arsenaux est considérable, comme celui des cartouches calibre 45 Auto. Aujourd’hui, l’arme de poing n’a plus le rôle décisif qui fut le sien au XIXe siècle. C’est une arme de défense personnelle, une sorte d’assurance complémentaire, qui n’exige pas des investissements prioritaires dans un budget d’armement.

Dans cette fidélité au bon vieux Colt 45 intervient cependant peut-être aussi un reste de sagesse. Après tout, ce lourd pistolet aujourd’hui si contesté a rendu les services que l’on attendait de lui à travers deux guerres mondiales et quantité d’autres conflits, dont la Corée et le Vietnam, sans que personne ne se plaigne d’une défaillance.

On se souvient peut-être aussi dans les bureaux de l’U.S. Ordnance, des tests de 1904. Effectués, non sur des blocs de gélatine, mais sur des animaux morts ou vivants, ils semblent contredire les tirs sur des blocs de gélatine. Passons sur l’aspect déplaisant de ces expériences sur des bœufs vivants, la France fit de même, un peu plus tôt, pour déterminer l’efficacité de son calibre 8 mm 1892. Plusieurs calibres étaient en compétition, dont le 7,65 mm Parabellum et le 9 mm Parabellum. Ces derniers arrivèrent alors assez loin derrière le calibre 45 et c’est ce dernier qui fut retenu. Que croire : les tests artisanaux, mais « sur le vif» de 1904 ou les essais hautement techniques, mais artificiels, de 1975 ?

L’expérience trop soumise à la subjectivité personnelle, ne saurait départager. Le fait est qu’aujourd’hui la mode est aux calibres plus petits et plus rapides. Non sans raisons.

La Cie Colt a d’ailleurs senti le vent. Elle propose depuis plusieurs années deux modèles allégés et raccourcis de son 1911 Al en calibre 9 mm Parabellum. Ce sont les Commander. L’un a une carcasse en alliage léger et ne pèse que 750 g. L’autre, avec carcasse en acier, pèse 935 g. Leur fonctionnement est sans défaut, bien que le premier ne puisse prétendre à la longévité du modèle tout acier. Mais l’un et l’autre, le premier surtout, ont un recul beaucoup plus sec que celui du Colt 45.

C’est en effet l’une des qualités de ce massif pistolet d’absorber une partie du recul et d’être pour cette raison, très agréable à tirer. Ses performances sur cibles, comparées à celle des autres pistolets militaires sont généralement supérieures. La poignée droite du 1911 est meilleure pour le tir posé, tandis que la poignée renflée du 1911 AI s’adapte mieux au tir instinctif. C’est donc la première version qui a été retenue sur les modèles Gold Cup National Match de compétition à détente réglable et hausse micrométrique.

Le Colt 45 n’a pas fini de faire parler de lui. Non seulement parce qu’il en existe un nombre considérable en circulation qui continuent à donner du plaisir à des dizaines de milliers de tireurs partout dans le monde, mais encore parce qu’il reste hautement apprécié. La Cie Colt en propose actuellement six versions principales : le Gold Cup National Match équipé pour la compétition, le Government Model MK IV, version civile du célèbre pistolet, avec un nouveau manchon pour une meilleure tenue du canon ; le modèle Ace en 22 LR; enfin les deux Commander, le Lightweight (alliage léger) et le Combat, en calibre 45 et 9 mm Para, plus compacts, plus légers, avec une crête de chien arrondie. Il faudrait encore parler des très nombreux modèles commémoratifs mis en circulation régulièrement par Colt. Il ne faut pas oublier non plus le Général Officier Model qui est une sorte de Combat Commander à chien classique, dans une finition raffinée, que l’Arsenal de Rock Island fabrique en petites quantités à l’usage des officiers généraux de l’U.S. Army.

Le Colt 45 ne peut être jugé en termes secs de pure efficacité, en le comparant à des pistolets beaucoup plus récents. Il est entré dans l’Histoire, comme son frère ennemi, le Luger P. 08. C’est ainsi qu’il faut le regarder, même s’il est capable, à l’occasion de se comporter tout aussi gaillardement que les plus élaborés de ses successeurs.

FICHE D’IDENTIFICATION

Appellation : Colt Automatic Pistol Cal. 45, Army Model 1911 (Ai)
Nationalité: U.S.A.
Production : La production militaire de 1911 à 1957 fut de 2 695 000 exemplaires. La production civile, de 1911 à 1970: 336 169 exemplaires. Fabriqué par la Cie Colt à Hartfort (Court.). Pendant la 2e Guerre mondiale, il fut également fabriqué par Remington Rand, (444) 000 ex.), Union Switch & Signal, Ithaca Gun et Singer (120 000 ex). Fonctionnement : Culasse calée, court recul du canon, simple action, chargeur dans la poignée.
Calibre : 45 Auto (et autres dans les modèles dérivés : 455 Auto pour l’armée anglaise, 38 Super Auto, 38 Spécial WC, 9 mm Parabellum, 22 LR).
Longueur totale : 213 mm
Longueur du canon : 127 mm.
Rayures du canon : 6 à gauche au pas de 406 mm. Poids vide: 1 100 g. Chargé: 1 250 g.
Chargeur : 7 cartouches.
Marquages : Sur la glissière. Le numéro des modèles civils est précédé de la lettre C.

Différentes versions

·         Modèle 1911, reconnaissable à sa poignée droite

·         1926 : Modèle 1911 Al : (au n° 700 001 de la production militaire). Arrière de la poignée renflé et strillé. Busc de la sécurité de poignée allongé. Cran de mire et guidon élargis. Détente raccourcie, strillée et allégée. Évidements dans la carcasse de part et d’autre de la détente. Diamètre du canon plus serré. Remplacé en 1970 par le MKIV

·         1929 : 38 Super Auto, chambré pour la puissante 38 Auto Colt

·         1932 : National Match Mode! cal. 45, destiné à la compétition

·         1935 : Super Match 38. Version cal. 38 du précédent

·         1951 : Commander. Version allégée, raccourcie, plus compacte (188 mm de long), avec chien arrondi. Modèle Lightweight (750 g) en alcoa. Modèle Combat en acier (950 g). Cal. 45, 38 Super Auto et 9 mm Parabellum. Toujours fabriqués

·         1957 : Gold Cap National Match. Destiné à remplacer le National Match de 1932. Cal. 45 et 38 Spécial WC

·          1970 : Gouvernement Model MKIV. Remplace sur les catalogues le 1911 Al. Seule modification notable, un petit manchon interne dans le bouchon, en bout de canon destiné à améliorer le centrage de celui-ci lors du mouvement de la glissière

·          Modèle Ace en 22 LR, et conversion en cal. 22 LR pour tous les modèles cal. 45 

 

JMD

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