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Interview de Romain Guérin

Romain, ce numéro de décembre met à l’honneur des artistes de notre sphère. À quelle catégorie d’artiste appartiens-tu : poète, parolier, interprète, romancier ?

J’ai commencé l’écriture par la poésie, la maxime et la chanson. Mon premier livre publié Mes dix jours de jeûne est une espèce de journal intime sur la privation de nourriture et une réflexion sur celle-ci ; le deuxième, Le Journal d’Anne-France est un roman. Je pourrais donc dire, si je n’avais pas peur du ridicule que je suis poète, moraliste, parolier, compositeur, interprète, diariste, essayiste et romancier. De plus, de l’écriture à l’envoi, de la relation client à la mise en page, de la correction à l’affranchissement, de la communication à la gestion des stocks, je suis seul au commande, je pourrais dire alors que je suis aussi éditeur, correcteur, secrétaire et directeur marketing. Bref, pour faire simple nous allons dire que je suis un artisan écrivain.

Le Journal d’Anne-France a été recommandé de façon très élogieuse par Jean Raspail qui ne tarit pas d’éloges et c’est aussi ce qui m’a poussé à l’acheter. Comment obtient-on une telle critique d’un si grand écrivain ? Avoue, tu es son fils caché ?

J’ai été invité sur TV Liberté dans l’émission « Perle de culture » d’Anne Brassié à présenter Le Journal d’Anne-France. J’ai dû posé une journée – à l’époque je travaillais sur les marchés – et aller à mes propres frais de Lyon à Paris. L’émission n’est jamais sortie, l’équipe technique de la chaîne l’ayant « perdue ». 200 boules de ma poche pour macache, de quoi devenir zinzin. Pourtant, ce déplacement qui me laissa un goût amer pendant plusieurs semaines dans la gorge, s’est avéré être le plus important que j’ai pu faire pour le moment. En effet, Anne Brassié était une amie intime du regretté Jean Raspail, ce que j’ignorais. Elle a adoré le livre et était certaine qu’il lui plairait beaucoup. Elle ne s’est pas trompée. Voilà, je ne suis donc pas de la famille de Jean Raspail, mais peut-être, qui sait, suis-je son fils spirituel caché, bien caché au fond, à l’extrême droite derrière tout un tas d’ordures.

En dehors de l’histoire originale et touchante, je retiens de ce livre un vrai travail d’écriture à travers la musicalité des phrases. Tu travailles beaucoup ton style ? Tu as un « gueuloir » comme Flaubert ? 

 Souvent on a en tête l’image d’Épinal de l’écrivain qui noircit de manière compulsive des feuilles entières. Je suis à l’opposé du pisseur de page. Quand elle est bien faite, on peut faire porter beaucoup d’images et d’idées à une phrase. Une seule maxime de Chamfort, de Pascal, de Rivarol, de Cioran ou d’Abel Bonnard est plus riche que la collection complète d’un Alexandre Jardin ou d’un Marc Lévy par exemple. Je déteste parler pour ne rien dire et je déteste encore plus écrire pour ne rien dire. La plupart des livres, romans, essais, mémoires, pourraient diviser leur épaisseur par dix sans rien perdre de leur sens. Mais que veux-tu, le gros livre chez l’écrivain c’est la grosse bagnole du représentant de commerce. Cette vanité absurde en elle-même l’est d’autant plus à notre époque où les gens lisent de moins en moins et possèdent une durée de concentration de plus en plus limitée. Le temps n’est pas aux fioritures, il faut aller à l’essentiel. La concision, comme tu l’auras compris est un aspect de mon style. Quant à la musicalité, je travaille mes textes comme des chansons et j’ai effectivement moi aussi un « gueuloir » mais bien plus moderne que celui de Flaubert puisqu’il s’agit d’un synthétiseur vocal qui lit à ma place et qui me permet de juger non seulement de l’harmonie des mots mais peut-être surtout de la ponctuation, c’est-à-dire du rythme.

Ce roman est une ode aux vieilles dames à travers Anne-France : comment est né ce personnage féminin dans ton imagination ? Tu as rencontré des Anne-France ?

J’en ai rencontré beaucoup dans des journaux régionaux à la rubrique des chiens écrasés et dans la rue, pendant mes pérégrinations nocturnes où avec une bière forte en guise de boussole,  je cherchais les yeux de mon pays pour le regarder bien en face. Je voulais un personnage qui incarne la France et la France est une vieille dame suicidaire.

Ce livre évoque aussi le suicide. Mais de façon originale ce n’est pas un suicide violent puisque ton personnage décide juste d’une certaine façon de se « dissoudre » en cessant de s’alimenter. Et ce n’est pas non plus un suicide de désespoir, mais plutôt d’ennui ou d’inappétence. Que t’évoque le suicide en général ?

L’effroi et le mystère. J’ai appris il y a quelque mois ce drame terrible: pendant la fête de mariage d’un de mes amis d’enfance, son grand frère alors marié lui-même et père de trois enfants s’est pendu dans les vestiaires de la salle de bal. Quelle horreur. Plus le suicide s’explique par des causes objectives évidentes et moins il frappe le coeur et l’imagination. Un chef d’entreprise ruiné qui se tire une balle dans la tête, un escroc acculé par la justice qui se jette par la fenêtre, un empereur qui s’ouvre les veines dans sa baignoire pour éviter le déshonneur d’une défaite, Roméo qui s’empoisonne et Juliette qui se poignarde, tout ça sont de bien tristes fins mais elles se comprennent. En revanche, une écolière sans histoire qui se pend, un jeune homme plein de vie qui volontairement s’encastre avec sa voiture dans un platane, un père de famille qui se supprime le soir même du mariage de son frère, voilà qui fait froid dans le dos, on se dit que personne n’est à l’abri, que le suicide est une folie passagère et irrépressible qui tombe du ciel des enfers et qui s’abat au hasard sur les hommes. On se dit aussi que certaines personnes aussi heureuses qu’elles puissent être portent la mort en elles, qu’elles ne sont pas faite pour cette vie ici-bas.

Le titre évoque forcément un autre journal bien connu, celui d’Anne Franck. Les similitudes ne s’arrêtent pas là puisqu’il s’agit de deux recluses (l’une dans une cave, l’autre presque au grenier) dont on sait qu’elles vont inexorablement vers la mort. Pourquoi as-tu voulu ces similitudes ? C’est juste un clin d’oeil ou un prétexte ? Et prétexte à quoi ?

Bien plus qu’un livre, j’ai conçu le Journal d’Anne-France à l’instar du Journal d’Anne Franck comme un objet de culte mémoriel mais à destination des goys cette fois-ci  – pour changer – goys qui ont ce fâcheux penchant mortel à toujours pleurer la misère exotique sans se soucier de leur propre disparition de la surface du globe.  

Parle-nous un peu de toi : on imagine que tu ne vis pas de ton art, as-tu un travail alimentaire ?

Oui effectivement, même plusieurs. Boulanger, vendeur sur les marchés, pion, agent d’entretien, auxiliaire ambulancier… J’en profite pour lancer un appel à vos lecteurs : s’il y a parmi vous une vieille dame fortuné qui se trouve sans héritier, j’accepte, très honorable dame que mon nom et mon prénom soient couchés sur votre testament en lieu et place de l’État, de Brigitte Bardot ou de la Croix Rouge. S’il y a parmi vous des aristocrates avec de trop grands châteaux, j’accepte de venir remplir de la grandeur de mon âme brasillante ces volumes de pierre aussi disproportionnés qu’inchauffables et humides.

Ton parcours universitaire ne t’a pas conduit à l’enseignement : que s’est-il passé ?

Je n’ai rien d’une bête à concours. Quand j’arrivais à bosser deux petites heures à la bibliothèque, j’avais la sensation que la journée était terminée et je sortais avec le sentiment du devoir accompli. De plus, j’ai une très mauvaise mémoire et mon anticonformisme vissé à la cervelle m’empêche de rendre une copie susceptible de plaire à des fonctionnaire de l’esprit. Bon, puis faut bien avouer que même si j’ai pas la tête vraiment sur les épaules je tiens néanmoins à la conserver aussi proche de ma poitrine que possible. Bien que pédagogue, je n’ai pas l’âme routinière de l’instituteur, ni la foi du missionnaire cosmopolite prêt à se faire égorger pour charliehebdoïser le petit mahométan dans l’espérance qu’il se transforme comme par magie en parfait républicain.

Tu viens de déménager d’est en ouest : qu’est-ce qui a motivé cette re-localisation ?

Comme tout homme de droite qui se respecte, j’ai mis en application mes idées politiques. Mes ancêtres étant Bretons, je me suis auto-rémigré en Bretagne. Cela tombe très bien car je préfère Bécassine à Bélphégor, le pêcheur de sardine au prêcheur salafiste, les crêpes au sarrasin à la néfaste-food des sarrazins, et le vol des mouettes à la gaypride.

Quel est ton prochain projet ? On m’a parlé de politique, d’élections présidentielles même…

Plusieurs choses. La sortie d’un nouveau roman « Drôles de funérailles » pour le mois de décembre ; pour l’année prochaine la sortie d’un autre recueil de poésie, la sortie d’un recueil de maximes et de pensées et enfin, la sortie d’un recueil de petits pamphlets ; enfin, la poursuite de mon direct hebdomadaire du jeudi sur youtube que je compte bien avec le temps transformer en émission phare de la sphère française. Oui et en ce qui concerne ma candidature à la présidentielle, puisque moi-même je ne l’avais pas prévu, je me dis que je pourrais être cet imprévu dans l’histoire cher à Dominique Venner, et j’ai surtout très envie de donner une bonne leçon de populisme et de volontarisme à cette hideuse droite bourgeoise – hors ou dans les murs – qui prétend nous représenter.

Pour finir cet entretien, une dernière question, la pire de toutes ! Pourquoi écris-tu ? Pour avoir plein de pognon et baiser des nymphettes ?

Mon public étant composé à 99,99 pour 100 d’hommes qui n’ont pas une thune, si tel était le cas, je me serais royalement planté. Difficile question. Je crois que j’écris pour me vider la tête, pour me fabriquer des petites raisons d’être fier de moi et parce qu’au fond j’aime bien jouer avec les mots.

Merci de nous avoir accordé ce moment. Aimerais-tu rajouter quelque chose pour conclure ?

La Gaule aux gaulois !

François Galvaire

Lien de son site

https://romain-guerin.com/


Lien Youtube :
https://www.youtube.com/channel/UCuqSIj-WelONE_cDJ54e_Iw?view_as=subscriber

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